Bienvenue à Porto la baroque du Portugal

Nous sommes arrivés à Porto un mercredi de novembre. Dans le tramway qui nous conduit en ville depuis l’aéroport Francisco Sá-Carneiro, je découvre cette ville qui s’étend le long de l’océan atlantique. Les faubourgs de Porto sont une suite de quartiers grisonnants, presque délabrés, où se côtoient petites maisons ouvrières et barres d’immeubles à l’enfilade. J’entends presque pour la première fois parler portugais, et j’avoue que je n’y comprends rien. Écrite, la langue ressemblerait presque à de l’espagnol, mais en l’écoutant, je ne reconnais aucun son. Après presque une heure, nous arrivons à la station Trinidade, centre névralgique où se croisent tous les métros de la ville.

Petit portrait de Porto

Dans les rues de Porto, j’ai eu l’impression de faire un bon dans le temps, de me retrouver d’un seul coup dans les années 80 ou 90, celles de mon enfance. La ville ressemble à une carte postale jaunie, un instantané d’une époque, figé presque comme un décor de cinéma. Ce qui me surprends surtout, ce sont ces vieilles boutiques d’une autre époque, avec leur anciennes devantures en bois ou leurs enseignes rétro, comme on en voyait il y a presque 50 ans. Et puis il y a le relief, des pentes interminables, des rues pavées qui courent vers les berges et paraissent se jeter dans le Douro. On dit que Porto est grise et triste, terne et baroque, moi je la trouve plutôt romantique et mystérieuse. Chaque maison, chaque ruelle, chaque magasin vous raconte une histoire, la ville entière est un roman, d’aventure, historique ou même à l’eau de rose, quand on regarde les amoureux qui s’embrassent au bord de la rivière.

boutique porto

Nous logeons dans un minuscule appartement juste derrière les jardins Carlos Alberto. Un quartier commercial et vivant où les étudiants de l’université toute proche viennent faire la fête le soir, notamment dans les petits bars de la traversera de Cedofeita. En témoignent les cadavres jonchant le sol au petit matin. Le soir, la musique résonne par les fenêtres et parfois dans les cages d’escaliers, lorsque nos voisins décident d’inviter tous le quartier à danser pour la nuit.

porto depuis le fleuve

J’aime l’énergie de cette ville autant que son charme tout particulier, à commencer par les maisons aux façades aussi plates que les azulejos qui les recouvrent. Il n’y en a pas une identique, elles sont étroites et hautes, parce que comme à Hanoi, on payait ses impôts en fonction de la largeur de son palier. Toutes tarabiscotées, certaines paraissent bancales, vieilles maisons de Porto aux couleurs un peu passées, sorties d’un autre temps, qui s’empilent et se soutiennent sur les bords de la falaise. Et à chaque coin de rue, se cache un petit bar, un restaurant ou une boutique discrète, à l’image du Retiro Dos Carvalhos, où l’on s’affronte chaque dimanche soir lors d’une battle de Fado.

Un curieux sandwich

Nous avons traversé la ville en passant par l’impressionnante avenue dos Aliados et ses immeubles arts déco. C’est ici que siège le conseil municipal, dans un immense édifice à la façade de granit. La tour de l’horloge, qui fonce vers le ciel, est impressionnante et domine l’avenue à plus de 120 mètres de haut. Nous continuons le long de la rue Passos Manuel pour rejoindre le Café Santiago, pressés de déguster la Francesinha, l’un des meilleurs sandwichs du monde paraît-il. Je ne sais pas exactement qui, au juste, à établi cette hiérarchie, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’a pas du manger beaucoup de sandwichs dans sa vie ! La Francesinha est assez difficile à décrire, elle ressemblerait à une sorte de croque-madame recouvert de cheddar et fourré de saucisse, viande et jambon, baignant dans une sauce assez grasse rappelant la Nantua. Le chrétien s’étoufferait sans difficulté s’il en mangeait deux.

De l’église Santo Illdefonso au marché de Bolhao

En remontant les ruelles qui mènent à l’église Santo Illdefonso, nous voici en plein cœur de la ville. Le vieux tramway en bois, un des nombreux emblèmes de Porto, remonte lentement la rue du 31 janvier. Sur la rue Santa Catarina, on vend à chaque coin de trottoir des marrons grillés, on fête aujourd’hui la Sao Martinho.

«Em dia de São Martinho, lume, castanhas e vinho ! »

rue 31 janvier porto

Nous arrivons bientôt au marché Bolhao, le plus ancien de la ville. Le vieil édifice peine à tenir debout et le marché d’aujourd’hui n’est plus qu’une vitrine pour les voyageurs. A la place de la viande fraîche et des légumes du jour, on trouve d’innombrables babioles et des collections de souvenirs pour les touristes. Ce n’est pas ici que nous ferons nos courses pour le soir.

Sur les berges du Douro

Le panorama sur le Douro est certainement l’un des spectacles les plus impressionnants de Porto la baroque du Portugal. On l’apprécie évidemment depuis le haut du pont Dom Luis, qui enjambe le fleuve entre le quartier de Ribeira et Villa Nova de Gaia. D’en haut, la ville perd le caractère austère qu’on lui prête si souvent. Mais aujourd’hui est une journée ensoleillée, le ciel est bleu et la lumière est vive. Et l’on dit souvent que Porto a deux visages et que lorsque viennent la pluie et les nuages, l’ambiance y devient grise, presque triste. Les jardins du Palais de Cristal sont un autre endroit de la ville où la panorama sur la ville est fantastique, il s’ouvre sur l’océan au niveau du pont de Arrabida. Il n’y a plus qu’à s’asseoir pour profiter de la vue, qui par beau temps ressemble à une peinture à l’huile…

douro vers ocean

Carnets d’adresses à Porto

  • Retiro Dos Carvalhos, 7 rue Estreita de Lóios, +351 915 817 583
  • Café Santiago, 198 rue de Passos Manuel, +351 22 208 1804
  • Jardins du Palais de Cristal, rue Dom Manuel II
Par Paul Engel pour Petits Voyageurs