J’ai fêté l’Aid al Adha à Qurayyat

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Jeudi, en fin de matinée

Je suis égaré dans le labyrinthe d’autoroutes qui ceinturent la ville de Mascate. Je roule à vive allure en direction de l’aéroport international, alors que je devrais déjà avoir bifurqué vers le sud depuis un bon moment. Les indications que m’avaient données le pompiste, pourtant simples au départ, me semblent maintenant de plus en plus imprécises. Je finis par me résoudre à quitter la quatre voies au niveau du la ville nouvelle d’al-Khuwair. Je gare ma voiture sur le parking d’un petit mall pour installer le GPS fournit avec la voiture, mais ce dernier est malheureusement en arabe. Je ne parviens évidemment pas à changer la langue. Il me reste le téléphone, il m’indique Qurrayat, 109 kilomètres, une heure quinze de route. Je repars dans la direction opposée, suivant les panneaux indiquant Ruwi, puis bifurque sur la droite par une autoroute qui traverse la montagne comme si elle la transperçait. Je repense à une discussion que nous avons eu la veille avec Sihem, au sujet du conflit qui secoue actuellement la Syrie. Elle me confiait avoir lu, dans un célèbre quotidien, l’analyse d’un économiste arabe sur la situation des États-Unis vis à vis de Daesh, qui visait simplement à ne rien faire pour affaiblir les pays du golfe, et garder la mainmise sur le pétrole. Nous parlons des migrants qui affluent toujours plus nombreux vers l’Europe. « Tu sais, le vrai problème chez nous, c’est qu’il n’y a pas d’unité. Aucun dirigeant du golfe n’est fichu de s’entendre. Dès le début de la guerre, tous les pays voisins de la Syrie ont immédiatement fermé leurs frontières, refusant catégoriquement d’accueillir les réfugiés ! »

autoroute mascate

J’étais perdu dans mes pensées et me voilà roulant au cœur de roches ciselées, paysages désolés, un univers totalement inconnu pour moi. Tout autant qu’il me fascine, il me paraît hostile, agressif par moment parce que trop brut. Trop dur, inhospitalier et froid, en même temps qu’il dégage l’énergie et la vie. C’est une sensation difficile à exprimer, et parce que tout ici pour moi est nouveau, mes sens s’en retrouvent décuplés. Ma sensibilité exacerbée, mon œil hypnotisé par ce paysage que l’on croirait tout droit venu d’un autre monde. Je sens mon cœur battre plus qu’il n’en faut, comme s’il poussait sur ma cage thoracique. L’excitation est là, elle devient un moteur, une drogue, je trouve soudain le goût de l’aventure et l’envie d’explorer, de sortir de moi, de crier. Je respire à nouveau alors que l’instant d’avant, je me sentais comme perdu, isolé, seul au milieu d’une immensité inexplicable pour moi. Comment fait-on pour vivre ici, qui a décidé un jour de poser la première pierre d’un pays dans un no man’s land de rochers et de terre, où ne poussent que de petite arbustes épineux, sans feuilles, et où ne survivent que les serpents et quelques rares mammifères ?

sur les routes oman

10h45. Je roule depuis à peine plus de trente minutes et pourtant j’ai déjà l’impression d’avoir quitté Mascate depuis au moins deux heures. J’ai dépassé la sortie en direction de Yitti, traversé les quelques bourgs de la banlieue de Mascate, et me voilà maintenant au cœur d’une région de petites montagnes rocailleuses, aux couleurs assez inhabituelles. Ce qui m’intrigue au premier regard, ce sont ces blocs de roches entièrement nus, sur lesquels ils ne poussent plus rien, qui ne sont que roche et terre, une terre rouge qui s’assombrit à mesure que l’on approche du sommet. J’ai l’impression que l’on pourrait s’écorcher en un instant. Je suis véritablement fasciné car je n’ai jamais vu une beauté pareille, nulle part ailleurs où j’ai voyagé dans le monde. Je dois revoir mes repères, recalculer les proportions, réajuster mon regard pour saisir les paysages qui m’entourent, sans me perdre dans l’immensité qui transpire ici, où que l’on regarde. Malgré le soleil brûlant et les 40 degrés de l’air, de nombreuses familles se sont arrêtées sur le bord de la route, au milieu de nulle part, pour se prendre en photo ou bien de partager un rapide repas. J’aperçois au loin les premiers sommets du Hajar oriental, une chaîne de montagnes imposantes qui s’étend le long de la mer entre Mazara et Sour. Voilà enfin Qurayyat, ville blanche posée face à la mer au pied des montagnes. Nous sommes le jour de l’Aid al-Adha et bien entendu la ville est quasi déserte. Je me suis aventuré dans le souk, près du fort, mais toutes les boutiques ont tiré le rideau. Je remarque juste un petit coffee shop où les omanais s’arrêtent en klaxonnant, attendant dans leur voiture que l’on vienne les servir. Je pénètre à l’intérieur du restaurant et m’empresse de commander un poulet et une portion de riz biriani. Je demande en plus une cuillère en plastique et un verre de Tang à l’orange. Entre temps, plusieurs voitures se sont déjà arrêtées pour commander en vitesse boissons ou sandwichs, en prenant à peine le temps de baisser la vitre. Parfois c’est juste un mouvement de la main, ou bien une phrase qui résonne comme un ordre, et l’indien ou le pakistanais, je ne sais pas très bien, s’exécute.

J’ai déjeuné sur la corniche, face à la mer, en regardant l’étrange petite tour de guet qui trône au milieu de l’eau. Je me suis installé à proximité d’un groupe d’hommes venus du Pakistan, qui ne tardent pas à m’interpeller. Nous discutons de banalités, ils me questionnent évidemment sur Oman, comment je trouve ce pays, quel est mon itinéraire, les questions habituelles que l’on pose à un touriste. Eux sont ici pour le travail, mais ils resteront discrets sur leur vie, répondant systématiquement à côté. Ou bien acquiesçant simplement sans donner de détails. J’ai évidemment en tête les conditions des expatriés venus d’Inde et du Pakistan à Dubaï, et j’essaie de savoir s’il en est de même à Oman. J’espère évidemment me tromper, mais les comportements que j’observe depuis le début de mon voyage m’ont mis la puce à l’oreille, et j’aimerais bien en savoir plus !

rue qurrayat

Avec une famille, pour l’Aid al Adha à Qurayyat

Je suis retourné vers la ville, dans l’idée d’aller boire un café dans une petite gargote, histoire d’essayer encore de nouer quelques liens avec des habitants du coin. Je me perds un moment dans les ruelles qui débouchent sur la jetée et remontent en direction de la ville, puis d’un quartier d’habitations sans grand intérêt. Je reviens sur mes pas, c’est à ce moment là que j’entends une voiture qui klaxonne. Un jeune homme habillé à l’omanaise me fait signe d’approcher. « C’est ma maison », me dit-il en pointant son doigt vers une petite maisonnette aux murs saumonés. « Viens donc chez moi, je t’invite. » Je refuse d’abord, comme il est d’usage, puis voyant l’homme insister, j’accepte de l’accompagner. Nous pénétrons dans le salon réservé aux invités, une pièce de taille moyenne recouverte de plusieurs tapis tissés, de couleur rouge et violette. Tout autour de la salle, on trouve de nombreux coussins adossés au mur vert pistache, sur quasiment toute sa surface. Dans le fond, un immense écran plat diffuse un match du FC Barcelone, retransmis sur Bein Sport. « Le championnat espagnol ! » me lance le jeune homme. « Tu aimes le football ? » J’élude la question tout en glissant que je vis à Barcelone, ce qui a pour effet de susciter l’intérêt de ses deux frères, qui regardent le match à l’autre bout de la pièce. Le père de famille m’interpelle : « Sais tu que j’ai vécu à Madrid ! » Puis il plaisante en Arabe, les autres rigolent. Il enchaine en anglais : « Aujourd’hui vous avez le catalan et l’espagnol dans la même pièce ! » Entre temps, on nous a apporté un plateau avec des dattes, le café et du halva que nous dégustons ensemble.

« Tu mangeras certainement un peu de mouton ? » me demande le patriarche. Il me fait comprendre que je ne peux pas refuser, ce serait très impoli. Il sort de la pièce et revient une dizaine de minutes plus tard avec le shuwa, servi dans un grand plat en terre et accompagné de fine galettes, semblables à des feuilles de brick. On les enroule autour des morceaux de viande que l’on arrose généreusement de citron, avant de les manger avec les mains. Nous sommes bientôt rejoints par l’un des plus vieux frères de la famille, qui revient tout fier de chez le coiffeur. « New style ! » me dit-il en rigolant. Après une bonne heure à converser, je remercie mes hôtes car je dois reprendre la route. Je m’enquiers auprès d’eux sur l’itinéraire à suivre pour rejoindre Tiwi par la côte. Ils me déconseillent fortement d’emprunter la piste des montagnes, je poursuivrai donc par l’autoroute et rejoindrai l’ancienne route de Sour plus bas, à hauteur du village de Fins.

Court détour sur la piste de Fins

Peu avant d’arriver à Fins, je suis intrigué par ce qui ressemble de loin à un parc, devant lequel stationnent presque une centaine de voitures, sans compter celles qui arrivent encore nombreuses depuis la route de la plage. Je quitte un peu brusquement l’autoroute pour aller voir de quoi il s’agit, les panneaux indiquent Hawiyat Najm Park, en fait le gouffre de Bimah qui figurait sur ma liste d’endroits à visiter. Je ne l’avais pas prévu au programme, mais puisque j’y suis, autant y faire un petit stop. Ce lieu, aussi surnommé par la population locale la maison du démon, est au cœur de bien des légendes et des superstitions. On dit le plus souvent qu’il sert de refuge au djinns, ces créatures surnaturelles capables d’habiter les êtres humains et d’influer sur leur conduite. Mais ces histoires n’ont pas empêché les foules de se presser nombreuses autour du gouffre. Je ne descendrai pas m’y baigner, les eaux sont noires de monde. Je m’attendais à vrai dire à un endroit un peu plus sauvage, les aménagements récents des alentours enlèvent un peu à la beauté du lieu. Il y a de nombreuses allées pavées et entourées de jardins couverts d’arbustes taillés à la française. Je repars après une vingtaine de minutes.

crique de fins

Après Fins, la route côtière devient une piste qui longe la mer à travers des paysages étonnants de rivières asséchées, qui ont façonné tout le paysage en formant de petits canyons rougeoyants, qui plongent vers la mer. A la lumière du soleil couchant, c’est un tableau merveilleux. J’accède après une vingtaine de minutes sur une petite crique incroyablement belle, qui me laisse presque le souffle coupé. Partout sur le bord de mer, des familles ont installé des campements pour le week-end, réunissant parfois jusqu’à une vingtaine de personnes. Quelques occidentaux bivouaquent également dans le coin pendant les vacances. Je poursuis sur la piste encore une demi-heure avant de reprendre l’autoroute, la nuit est presque tombée. J’atteins bientôt Tiwi où l’on m’a réservé une chambre d’hôtel pour la nuit.

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2 Comments

  1. Voyage Way
    8 octobre 2015 @ 8:52

    Extrait du billet: “Dès le début de la guerre, tout les pays voisins de la Syrie ont immédiatement fermés leurs frontières, refusant catégoriquement d’accueillir les réfugiés !”.

    Ceci est plutôt faux, les pays voisins ont accueillis en masse des réfugiés syriens, il y en a plus de 5 millions répartis sur la Jordanie, le Liban et la Turquie.
    Les pays du Golfe n’en accueillent aucun mais les pays voisins ont largement accueillis des réfugiés syriens …

    Sinon, pour la route en Fins et Tiwi, elle est bordée d’une plage absolument magnifique, immense et vide. Un régal 😉

    Reply

    • Petits Voyageurs
      8 octobre 2015 @ 9:02

      Effectivement, tu as raison, je faisais référence aux pays du Golfe, c’était en tout cas la discussion que nous avions en voiture ! Je ne fais que retranscrire une discussion pendant le voyage, sans chercher une absolue vérité. Et la route de Fins, tout à fait d’accord c’est fantastique ! A bientôt !

      Reply

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