Drôle d’impression : un bus et des moutons

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur email
Partager sur whatsapp
Le jour où on m’a collé une étiquette

Pour traverser la péninsule du sud de la Thaïlande, il faut prendre un bus. Comme la plupart des voyageurs, je m’adresse évidemment à une agence de voyage pour trouver un ticket. Mais ici pas de ticket ! Le matin du départ, un salarié de l’agence me colle au sac une petite étiquette verte avec un smiley. Et c’est parti pour Krabi en Songthaew, blindé évidemment, nous sommes une quinzaine. En regardant autour de moi, je me rends compte que tout le monde à sa petite étiquette collée sur le sac. Rouge, vert, jaune, orange, en fonction de la destination finale.

Mais je suis quoi là au juste ? Une marchandise ? Un article ? Est-ce qu’on va me scanner et me charger directement dans un camion, destination le golfe de Thaïlande ? A Krabi, on nous dépose devant une petite agence de voyage assez miteuse, dans une rue déserte. Sans un mot. On nous demande juste d’attendre dehors. On ne sait rien, on ne comprend pas, personne d’ailleurs ne comprend rien.

Au bout d’une heure d’attente, un grand bus blanc arrive. On nous charge dedans. Allez, vite, vite, on se dépêche. Toujours sans aucune explication. Mais est-on vraiment dans le bon bus ? Où va-t-il exactement ? Dans combien de temps arriverons nous ? Je n’en sais rien… J’ai la désagréable impression d’être un colis qu’on va livrer à la bonne adresse (enfin j’espère). J’avais choisi de voyager en mode backpacker, et me voilà dans quelque chose qui ressemble de plus en plus à un voyage organisé ! Ne manque plus que le guide avec son micro qui nous fait les commentaires, et le tableau sera complet.

Je regarde mon smiley vert qui me sourit, c’est tout ce qu’il peut faire. Il a l’air aussi paumé que moi. Tu le sais où on va toi ? Non évidemment, tant que tu es collé au bon endroit, le reste t’importe peu…

étiquette – nom féminin

Marque fixée, fiche placée sur un objet pour en indiquer le contenu, le prix, la destination, etc.

Les troupeaux vont au restaurant

Le bus ne file pas jusqu’au port. Une fois à Surat Thani, il faut changer de moyen de locomotion et reprendre un Songthaew. On nous débarque dans un petit restaurant horrible dans les faubourgs de la ville. Il y a déjà un peu de monde qui patiente. Mais ce n’est que le début, d’autres autocars arrivent encore, chargés eux aussi de passagers. Nous ne sommes pas loin d’une centaine à patienter dans la cour de l’établissement. Comme un troupeau qui attend abattoir.

Il y a trop de monde, ça discute, ça rigole, on ne peut même plus s’asseoir. Une femme d’une cinquantaine d’année à forte corpulence commence à crier. On ne comprend rien. “Go right ! “, “Go left !”. Elle fait de grands signes, elle s’énerve. On dirait qu’elle cherche à trier les gens, par rapport à la couleur de la petite étiquette. Les verts au fond, les bleus à droite, les rouges devant. Et on se presse s’il vous plaît. Mais ça y est, tout devient clair ! C’est la grande transhumance, les moutons sont descendus de leurs montagnes et se sont tous rejoint au même endroit. Et maintenant le berger cri, il donne du bâton pour rassembler ses bêtes…

J’hallucine complétement, mais où suis-je ? Je n’ai jamais demandé cela. J’ai toujours entendu parler de la Thaïlande comme étant le pays du sourire. On me disait, tu verras, ils sont si sympathiques et accueillant. Ah bon, vous croyez ? A ce moment-là je n’en suis plus si sûr.

troupeau – nom masculin

Ensemble d’animaux d’une même espèce domestique ou de ruminants sauvages vivant ensemble.

Petit mouton des mers - Crédits : Tangui Bertin
Petit mouton des mers – Crédits : Tangui Bertin
Je ne suis qu’un mouton

Ai-je voulu m’échapper du troupeau, partir à l’aventure, ne pas faire comme tout le monde ? Sortir des sentiers battus. Mais l’expression elle-même est aujourd’hui un concept commercial, un atout pour la vente. L’espoir d’un autre voyage pour faire la VRAIE rencontre, celle qui va tout changer.

Je ne suis pas un aventurier, ni même un explorateur. Je ne cherche pas à vivre quelque chose d’unique. Je ne crois pas que mon voyage sois mieux que celui d’un autre. J’ai le même œil, le même itinéraire, les mêmes mots pour raconter. Je veux juste vivre quelque chose, loin de chez moi c’est vrai. Mais pourquoi ? Parce que c’est exotique ? Pour voir ce qui se passe chez les autres ?

Avant de partir, je me dis : non tu n’iras pas dans des endroits touristiques ! Non tu ne feras pas la même chose que les autres. Oui, toi, seulement toi, tu pourras voir ce que les autres ne remarquerons pas. Mais finalement, on fait tous la même chose. Sans le savoir on prend la même route, ou presque. On se retrouve dans les mêmes lieux. Bon d’accord, certains arrivent par la droite, certains par la gauche, d’autre prennent telle ou telle route et cela on trouvé le SUPER endroit où personne ne va. A la fin, on fait tous la même chose.

Alors oui, je suis peut-être un mouton, mais ce qui est sûr c’est que j’aime voyager. Peu importe où et peu importe comment, tant que je peux raconter quelque chose…

mouton – nom masculin

Mammifère ruminant dont certaines races possèdent des cornes obliques et annelées, contournées en spirale, élevé pour la production de laine, de viande et de lait.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur email
Partager sur whatsapp

6 Comments

  1. lady
    24 janvier 2015 @ 3:39

    ..très intéressante lecture de voyage….j’aime aussi marcher hors sentier..;)

    bonne route

    den

    Reply

  2. Nadine
    27 janvier 2015 @ 6:59

    En lisant ton récit, j’ai repensé à certains de mes voyages !
    La petite étiquette en Thaïlande … la mienne était bleue, et le coup de sifflet à la fin du coucher de soleil à Anghor Wat !
    Les mêmes sensations d’être prise pour un mouton et priée de suivre un groupe, moi qui ne demandait que d’aller d’un point à un autre.
    Mais bon, ce n’est qu’un détail dans un voyage et il y a beaucoup de bons moments aussi !
    Quand j’y repense, cela me fait rire !!!
    Bon voyage,

    Reply

    • Petits Voyageurs
      27 janvier 2015 @ 8:39

      Tout à fait d’accord avec toi ! En même temps j’en ai fait un article parce que ce n’est pas un si mauvais souvenir finalement. Ca fait parti du voyage…

      Reply

  3. sophia
    28 janvier 2015 @ 8:04

    Reflexion tres interressante ! J’avoue que je suis un peu pareil, je veux sortir des sentiers battus, ne pas faire “la touriste de base”, je regarde avec un certain mepris les gens qui sont en voyages organisés car selon moi ils manquent tout l’interet du voyage. Et au final, je me rends compte que je ne suis pas mieux que les autres, que je ne suis qu’un mouton parmis les autres, je suis mon lonely planet au lieu d’un mec avec un micro/drapeau, je paye une blinde des tickets de bus touristiques pour pas voyager sur des toits, j’achete des souvenirs à ma famille… J’ai jamais eu cette sensation d’être un colis mais parfois, je me remets gentillement à ma place et ravale mon mepris mal placé en me rappelant que je suis une “backpakeuse de base” et non pas une voyageuse du 15eme siecle qui decouvre des terres inconnues. Desolé pour le hors sujet.

    Reply

    • Petits Voyageurs
      28 janvier 2015 @ 8:50

      De toute façon dans certains cas c’est compliqué, à moins de passer plusieurs semaine voire mois au même endroit on se retrouvera toujours dans ce genre de plan. De mon côté je ne méprise pas les gens qui partent en voyages organisés. C’est leur choix, certes je ne le comprends pas, mais j’esseais de ne pas juger même si c’est parfois difficile quand on voit certaines choses…

      Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

* * Cette case à cocher est obligatoire

*

J'accepte

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.