En route pour Galle, morceaux choisis

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Chaque gare du Sri Lanka est un écrin avec ses miroirs, ses bancs en bois et ses tableaux indiquant les horaires de la ligne principale et ceux de la ligne côtière, la Coast Line. Ce nom donne déjà des envies d’échappées au long cours. C’est l’une des plus belles côtes du Sri Lanka, celle qui s’étend de Colombo à Galle.

Olivier Frebourg

Cette semaine, je vous propose quelques extraits de mon carnet de voyage au sud du Sri Lanka entre Galle et Mirissa.

Dimanche, 16 heures, Colombo

Nous stationnons sur le parvis de la gare pour attendre nos amis qui atterrissaient à Bandaranaike deux heures plus tôt. Un grand van blanc arrive et vive allure et stationne juste devant nous. La porte latérale s’ouvre.

« Montez ! On a payé jusqu’à Galle ! ». Nos amis sont à l’intérieur et ils n’ont pas réussi à dormir depuis leur départ de Lyon. Nous descendons vers le sud en taxi, de toute manière, la ligne de chemin de fer est coupée plus au sud après qu’un ouvrage soutenant les voies se soient effondrées peu après Mount Lavinia.

La banlieue de Colombo s’étirent quasiment jusqu’à Moratuwa et la route ne quitte la ville qu’a peu près au moment ou elle enjambe le lac Bolgoda. A Panadura, la route rejoint la côte pour suivre la voie ferrée et traverse des lagunes et de longues étendues de sable bordées de cocotiers. Nous croisons de nombreuses demeures en bois peintes en blanc, patinées par le temps, vestiges de l’époque coloniale. A l’extrémité de chaque baie on aperçoit un dagoba blanc perçant au-dessus des arbres, face à l’océan.

A Bentota, comme dans toutes les autres villes d’ailleurs, les foules ont envahies les temples, familles, couples, enfants, tous vêtus de blanc. La pleine lune de janvier, appelée Duruthu Peraniya célèbre la venue de Bouddha dans l’île. De longues processions se forment sur le bord des routes. Les fidèles suivent d’innombrables statues du Bienheureux décorées de fleurs et transportées à dos d’homme.

Et voilà enfin Galle, le taxi nous dépose devant l’ancienne demeure du gouverneur de Hollande, près d’Unawatuna, nous y passerons la nuit.

Lundi après midi, à Galle

Tous les paquebots de la compagnie péninsulaire s’arrêtent dans le petit port de Pointe-de-Galle pour échanger les dépêches et renouveler leur provision de charbon. Cette courte relâche, qui n’est pas exempte de péril, car le port est mal abrité et plus d’un paquebot s’y est perdu, laisse à peine aux passagers le temps d’admirer l’épaisse forêt de cocotiers qui encadre la ville et d’entrevoir les splendeurs que la nature étale sous ce soleil de feu.

C. Lavollée

Lorsque l’on pénètre dans le fort de Galle, on est immédiatement pris d’un sentiment de quiétude immense. Vieilles bâtisses coloniales patinées par le temps, parfums d’épices, jardins fleuris de bougainvilliers. La ville fortifiée avec ses petites ruelles pavées est une invitation à la flânerie. On oublie le temps, on oublie le bruit et l’agitation qui règne dans les autres quartiers de la ville. Vers la pointe du phare, on découvre plusieurs petites plages agréables bordées d’une eau cristalline, terrain de jeu des enfants et des familles du coin. Les femmes en djellaba n’hésites pas à se mettre à l’eau pour séparer les marmots qui se chamaillent dans l’eau. A l’ombre des magnolias, les hommes conversent en jouant aux cartes.

Mais la chaleur est trop forte pour faire durer la ballade. Nous poussons la porte d’un petit café, installé dans une vielle bâtisse à colonnade. Elle cache un patio arboré avec quelques tables où il est possible de prendre un verre. Des jus de fruits frais pressés, mangue, banane ou goyave, je ne sais plus.

Les remparts de la pointe de Galle
Le phare de la Pointe de Galle sur les bords de l’océan indien – Crédit Photo : Brice nod
Raja et les baleines (Mirissa)

Nous avons rendez-vous au port de Mirissa à six heures du matin pour partir en mer. Nous allons participer à une excursion d’observation des baleines. Avec une quinzaine d’autres touristes, nous embarquons à bord du bateau de Raja, l’un des premiers à proposer ce type d’excursion à Mirissa. La ville est internationalement connue pour l’observation des baleines devenue aujourd’hui un vrai business qui maltraite les mammifères marins. Il faut être vigilant dans le choix de son équipage. Caroline du blog Des Tongs au Sri Lanka a rédigé un article très intéressant à ce sujet.

Nous naviguons depuis une bonne heure et la côte est devenue presque invisible. Raja et l’un de ses équipiers font des va et vient de l’avant vers l’arrière du bateau. Ils fixent l’horizon avec des jumelles, pointant du doigt des petites tâches dans l’eau, faisant de grands signes de bras. Raja a aperçu quelque chose au loin, qui ressemble au jet d’eau d’une baleine. Cap à l’est, le skipper remet les gaz, il y a quelque chose par là-bas, c’est sûr. Quelques minutes après, plus rien ! Le cétacé a filé. L’opération se renouvelle plusieurs fois jusqu’à ce qu’enfin nous puissions approcher les premières baleines bleues. Mais d’autres bateaux se ruent à toute vitesse en direction des mammifères. Raja donne l’ordre de changer de cap, il semblent exaspéré par le comportement des autres équipages. Il semble afficher un profond respect pour les baleines et leur écosystème, son bateau n’approche jamais les mammifères à moins d’une cinquantaine de mètres de façon à les perturber le moins possible. Il réalise régulièrement des prélèvements pour contrôler la qualité des eaux et travaille en collaboration avec l’université de Ruhuna, dans le cadre de leurs recherches.

Vers dix heures, nous croisons un porte-containers, alors qu’il dégaze en pleine mer, en se dirigeant droit sur la trajectoire d’une baleine bleue. Raja court à l’avant du bateau en criant et faisant de grands signes en direction de bateau. Son co-équipier mitraille le navire en pleine action. Cinq minutes plus tard, Raja est à l’eau pour remplir une éprouvette qu’il fera analyser plus tard.

Nous avons croisé de nombreuses baleines sur notre chemin ce matin là, mais se sont les dauphins qui se sont montrés les moins farouches. D’abord un ou deux, à bonne distance, plus d’autres sous l’eau, trois, six,… Puis tout un groupe qui s’est positionné à l’avant du bateau pour commencer à jouer dans les vagues formées par notre embarcation. Ils sont maintenant plusieurs dizaines à nous entourer, sautant hors de l’eau, exécutant des sauts périlleux. Nous sommes tous captivés par ce moment qui donne l’impression d’être unique. Deux tortues passent non loin de nous, l’une d’elle semble inanimée. Elle est morte. Raja replonge à l’eau pour la retourner sur la carapace et permettre à sa carcasse de couler vers le fond.

Nous regagnons le port de Mirissa vers midi.

La plage de Mirissa
Mirissa au coucher du soleil
De Mattara à Colombo, à bord d’un train sur la « Coast Line »

Le chef de quai sonne la cloche à la gare de Matara. Une tripotée de vendeurs ambulants traversent les voitures les bras chargés de noix de coco fraîches ou de petits biscuits. Les vieux ventilateurs tournent à plein régime au-dessus de nos têtes pour tenter de rafraîchir un peu le wagon.

Le train pour Colombo longe l’océan en enjambant les lagunes sur de vieux ouvrages en fer forgé. Quelques sièges devant nous, un jeune homme, casque sur les oreilles, se laisse parfois emporter à entonner des airs de pop avec une voix aiguë. Les vendeurs de plus en plus nombreux crient dans les wagons. Daméli, daméli, daméli… Ouléga, ouléga, ouléga… Boissons, portes-clefs, tickets de tombola suspendus sur des baguettes de bambous. Beignets, biscuits, fruits frais transportés dans des paniers portés en bandoulière.

Le train file au milieu des petites maisons colorées, saumon, vert pomme, bleu ciel ou lilas. Je donnerai n’importe quoi pour sauter du train, venir m’installer là et ne jamais repartir.

A onze heure quinze nous arrivons à Galle. On aperçoit une jolie petite église sur la colline au nord puis plusieurs petits canaux bordées de maisonnettes qui convergent vers le centre de la ville. Le quai de la gare est littéralement bondé, la foule se précipite vers le train, certains poussent, écrasant les autres sans hésitation. On entre par les portes ou mêmes les fenêtres sous le regard médusé de quelques touristes pas encore habitués aux pratiques de la population locale. C’est l’usage ici, premier arrivé, premier servi, que ce soit en gare, dans les magasins, au comptoir de la gare ou dans le café du coin.

Les ventilateurs se remettent en marche au moment où la micheline redémarre et s’éloigne doucement du centre-ville en longeant la prison locale. A Hikkaduwa, tous les bâtiments coloniaux du centre-ville ont été repeints en mandarine et la gare est flambant neuve. Sur le quai j’aperçois un charmeur se serpent pendant qu’une femme appuie son ventre avec insistance sur mon bras comme pour m’obliger à lui céder ma place. Le voyage est totalement éprouvant dans ce train archi blindé qui n’avance pas. Nous venons de passer plus de cinq heures à voyager et il nous reste encore plus d’une heure avant d’atteindre Negombo…


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