Escale chez un gillie de Clonbur

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Cottage & Pottage est le récit complet, détaillé et sans trucage de mon voyage en Irlande. Des notes prises tout au long de mon séjour, le soir au coin de la cheminée, ou le matin au petit-déjeuner. Si vous recherchez des informations pratiques et légèrement censées sur le Joyce Country, je vous conseille plutôt la lecture de mon article Découvrir le Pays de Joyce et le Connemara

En route pour Clonbur

A la nuit tombée, sur une petite route de campagne près d’Headford. Cap vers Clonbur, le coffre chargé de victuailles, un poulet rôti, des œufs, du pain noir, des sodas, du thé, de quoi tenir un siège durant quelques jours au moins. 3 heures déjà que nous avons quitté Dublin et ses avenues animées, pour nous enfoncer dans la campagne irlandaise.

La maison de Hugh à Clonbur en Irlande

Dans la rue principale du village, Hugh est venu nous cueillir juste devant le Centra, seul endroit encore illuminé à cette heure-ci. Il nous conduit jusqu’à notre appartement, situé au premier étage d’une vieille maison familiale. Une bâtisse austère aux pierres apparentes, la seule du village qui n’a pas été enduite.

– J’ai hérité cette maison de mes parents, morts alors que nous étions encore de jeunes garçons. C’est une affaire de famille, nous avons trois appartements ici et encore deux maisons et une ferme, plus haut dans le village.

Hugh est un jeune homme sympathique, dans la trentaine je dirais. C’est une sorte de gillie 2.0, un pied dans sa ferme, un pied sur l’eau. Et comme il a encore un peu de temps, il héberge les voyageurs dans ses nombreuses propriétés. Il reçoit toute l’année des touristes de passage. Des suisses et des français pour la plupart, qui viennent pour la pêche. Il nous a installé dans le petit appartement du premier, car celui du rez-de-chaussée n’avait pas de poêle à bois. Il nous fait la visite des lieux, tout en faisant remarquer les absurdités du système électrique. Un compteur pour le four, un autre pour la lumière. Un interrupteur pour quasiment chaque appareil électrique de la cuisine. Et un petit chauffe-eau que l’on actionne au moyen d’un cordon dans la salle de bain.

Dans la maison de Clonbur

« Vous savez, j’aime recevoir les gens et leur faire découvrir mon village » nous dit-il, alors qu’il déploie une carte routière de l’Irlande sur la table de la cuisine. « Ma femme me dit toujours : pourquoi est-ce que tu restes autant de temps avec les invités. Installe-les et rentre à la maison ». Mais Hugh ne peut pas se contenter d’accueillir les voyageurs à la va-vite puis rentrer pour le souper. Il passera près d’une demi-heure à nous parler de Clonbur, des lacs et du château de Cong, passant de carte en carte, traçant des itinéraires avec son doigt à travers tout le Connemara. Au moins, nous voilà prêts à explorer pour les deux jours suivants. Et en cas de doute, nous pouvons l’appeler à tout moment, il n’habite qu’à cinq minutes.

Un café noir et des moutons

Le lendemain matin, j’ai préparé un café noir que j’ai transvasé dans une bouteille en plastique qui fera office de thermos. Deux verres à eau, un peu de sucre, une cuillère, nous voilà prêts à partir en direction du Lough Corrib. Nous avons suivi la route de Corr na Mona jusqu’à hauteur du grand virage qui donne sur le lac. Puis bifurqué par un chemin serpentant au milieu des murs en pierre sèche, en direction du Ballydoo Lough. Il n’y a dans le coin que de grandes maisons paysannes et des pâturages, où paissent des troupeaux de moutons. Ils sont d’ailleurs d’une rare efficacité, puisque le moindre lopin de terre ressemble à un court de Wimbledon.

Un ferme irlandaise près de Clonbur

Lever de soleil en Irlande

Corrib se révèle à la faveur du soleil levant qui inonde le ciel d’une douce couleur rosée. Quelques nuages bas nous protègent un instant des rayons puissants qui viennent taper contre la surface du lac, comme sur un miroir. Nous nous sommes garés près du portail de la maison d’hôtes Clos na Feirme, une immense bâtisse en pierre grise dominant la colline. J’ai servi le café qui était déjà tiède, mais qu’importe. J’observe les moutons qui gambadent dans une prairie verte encore illuminée par la rosée du matin. Au loin sur le lac, des petits îlots flottent à la surface de l’eau, semblables à des silhouettes de paquebots croisant au large. Pas un bruit si ce n’est celui de la brise, et parfois le bêlement d’un mouton. Le 4×4 d’un fermier vient troubler soudainement cette quiétude. Il faite demi-tour devant nous en pointant son doigt en direction du troupeau. Il a lâché son chien qui rabat les brebis sur les bords du champ, pour les mener plus bas sur la colline. Les bêtes s’exécutent sans broncher et dévalent la pente en formant une sorte de cortège multicolore. J’ai oublié de préciser une chose : les bêtes étaient toutes marquées d’une tâche de peinture.

Les leprechauns du lac

En fin d’après-midi, nous baladons dans la forêt du château d’Ashford. Nous avons laissé la voiture garée près de l’académie de fauconnerie d’Irlande. Les candidats à la formation se faisant rares de nos jours, les instructeurs passent le plus clair de leur temps à promener les touristes en agrémentant la balade de quelques démonstrations, faucon au bras. Les oiseaux sont solidement entraînés et répondent à la minute aux moindres sollicitations de leur maître. Ils passent d’arbre en arbre, de branche en branche, de bras en bras, rasant nos têtes et cassant nos oreilles de leur cri perçant.

Jardin du château de Cong en irlande
allée-parc-ashford-carre
lough-corrib

Une large allée boisée mène jusqu’aux rives du Lough Corrib et aux jardins du château. Difficile d’imaginer en le voyant ce soir, que le lac est un piège mortel pour le pêcheur ignorant. Ses fonds sont déchiquetés de pierres aussi aiguisées que des lames. Nombreux sont les bateaux qui s’échouent sur les hauts fonds, lorsqu’il tentent une traversée entre les îlots. Les anciens leur confèrent une existence magique, invention probable de lutins maléfiques ou leprechauns, qui se jouent des humains en faisant varier d’un jour à l’autre le niveau des eaux. Mais aujourd’hui il n’en est rien, le lac est d’huile. Un miroir parfait qui projette les fabuleuses couleurs de couchant que je me plais à photographier sans relâche.

Le château d’Ashford, qui appartenait à la famille Guiness en son temps, est aujourd’hui un palace 5 étoiles. J’aurais bien voulu me faufiler dans ses couloirs pour découvrir les suites somptueuses qui occupent chaque étage du château. Malheureusement l’entrée est surveillée par un groom en tenue d’apparat, qui visiblement ne rigole pas. Sur le parking de l’hôtel, on ne trouve que des Mazeratti, des Jaguar ou de luxueux 4×4.

Dans la chaleur d’un pub

A l’heure de la Guiness, on se retrouve au comptoir de l’Eddies Bar, si tant est qu’il y ait une heure pour boire de la brune. L’endroit est quasiment désert, excepté ces deux hommes au bar qui discutent en gaélique avec le tavernier. Ils nous observent discrètement du coin de l’oeil tout en levant généreusement le coude. J’ai tellement froid que même la mousse de la bière arrive à réchauffer mes lèvres totalement gercées par le vent. J’ai toujours été étonné par l’énergie que déployait les irlandais à décorer l’intérieur de leurs pubs. On a presque à chaque coup l’impression de pénétrer dans un musée d’antiquité ou dans l’antre d’un collectionneur.

pub irlandais à clonbur

décoration pub de clonbur

Mon petit bourg endormi

Hugh avait raison je dois bien l’avouer, Clonbur et le pays de Joyce ont quelque-chose d’enivrant. Une sorte de tranquillité étrange qui cache en fait une force extrême, celle de la nature et des couleurs. Et à l’automne, elles sont absolument fantastiques. Des ocres, des rouges, du vert, tantôt émeraude, tantôt prasin, ou encore chrome. Je ne suis pas un habitué des terres du nord. De l’Atlantique, je n’ai gardé que ces rares images d’enfant sur les plages de Bretagne.

I write it out in a verse — MacDonagh and MacBride and Connolly and Pearse. Now and in time to be, wherever green is worn, are changed, changed utterly : a terrible beauty is born.
Easter by William Butler Yeats

La poésie de l’Irlande me gagne, moi qui ne pensais même pas y mettre les pieds. Demain nous filons vers la côte pour découvrir le Connemara, qui parait-il est encore plus fantastique. Mais je crois que je m’égare, la Guiness peut-être, qui sait…

Beauté des paysages à Clonbur en Irlande

MENU DU JOUR

Guiness Pie  (tourte de viande à la mode irlandaise)

Ingrédients (pour une tourte)

  • 1,5 kg de boeuf à griller
  • 3 oignons
  • De la farine
  • Un demi litre de bière brune
  • 1 litre de bouillon
  • 1 jaune d’oeuf
  • Une cuiller à soupe de sucre
  • Deux pâtes brisées
  • Sel, poivre
  • Thym

J’ai toujours était un fan inconditionnel des tourtes à la viande (mes origines alsaciennes sans doute). Alors quand j’ai découvert la Guiness Pie, autant vous dire que j’ai terminé mon assiette en moins de deux. Cette recette familiale est incontournable des tables irlandaises et c’est un véritable délice.

Commencer par tailler le boeuf en petits morceaux et les faire revenir à la poêle dans de l’huile ou du beurre. Ajouter les oignons avec un peu de farine pour faire roussir le mélange. Ajouter ensuite la bière petit à petit avec le thym, le sucre et le bouillon. Saler, poivrer et amener jusqu’à ébullition. Laisser mijoter à couvert durant une heure et demie. Mettre une pâte dans un plat à tarte et recouvrir avec le mélange viande/bière. Couvrir avec la deuxième pâte à tarte. Badigeonner de jaune d’oeuf et enfourner durant une heure à 220°C. C’est prêt, il n’y a plus qu’à servir !

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1 Comment

  1. My urban sweetnesses
    18 juillet 2017 @ 8:08

    Très bel article avec un bel équilibre entre informations, évasion et belles photos. Excellent pour voyager sans quitter son fauteuil et surtout pour donner l’envie d’aller découvrir cette partie de l’Irlande !

    Reply

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