Le grand soir

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Nous reprenons la route à la tombée de la nuit. La grande artère qui mène à la sortie de Ben Tre longe un enchainement sans fin de restaurants et de karaokés illuminés par des néons fluos. Nous passons devant une petite fête foraine où affluent familles et enfants de la ville. Il y a un vieux manège à balançoires, qui tourne à moitié vide, et d’où s’échappent les cris de quelques bambins. De nombreuses gargotes illuminées servent de la bières et des pho. Le grand soir, l’ultime nuit de fête avant la nouvelle année.

Le soir où nous avons raté le feu d’artifice du Tèt

Les festivités du Tèt sont souvent empreintes des plus grandes superstitions. Entre culte des ancêtres et croyances diverses en des génies tantôt bons, tantôt malfaisants. Toute action pendant cette période est réfléchie, calibrée, ritualisée, car tout ce que l’on fait ou que l’on décide pendant le Tèt aura une influence sur l’année entière. Traditionnellement, les vietnamiens tirent des pétards la nuit précédente, une manière de conjurer le sort, de faire fuir les démons pour les empêcher de franchir le seuil de la maison. Dans de nombreuses villes du pays, on tire de gigantesques feux d’artifices en plein milieu de la nuit. Nous devions assister à celui de Saigon mais malheureusement, une erreur de calendrier nous en a privé ! Cette année, les feux d’artifice ont lieu le 18 et non le 19 comme nous le croyions. Nous voilà donc coincés dans le Mékong à vingt heures, sans autre solution que de trouver quelque chose dans le coin. On nous informe qu’à My Tho, un grand feu sera tiré pour minuit sur les bords du fleuve. Nous enfourchons des vélos pour nous rendre sur le pont à péage d’où, on nous l’assure, nous le verrons parfaitement. Nous pédalons difficilement sur les bords d’une nationale bondée de scooters et de bus de nuit qui nous foncent dessus. J’ose à peine me retourner de peur d’être déséquilibré et de finir fauché par le prochain camion. Premiers bruits de pétards qui résonnent dans le ciel, le feu est bien trop loin, on y voit à peine. Hors de question de continuer à pédaler sur ce pont, trop de circulation. Nous restons un moment puis regagnons le Chalet Suisse. Rien vu ! Le cousin de Tito paraît étonné ! Il n’est pas minuit, nous dit-il. Soudain un nouveau feu retenti, beaucoup plus proche cette fois-ci ! Nous voilà repartis à toute vitesse vers Chau Minh. Le feu d’artifice est bien là, tout proche. Quelques badauds s’émerveillent non loin de nous mais à cause du vent, nous n’y verrons presque rien. La fumée refoule en notre direction, masquant les illuminations dans d’immenses volutes blanches. Déçus nous rentrons en faisant un détour par une petite boutique le long de la rue. La vieille vendeuse nous fait de grands signes pour qu’on entre. Dans un panier, elle a disposé différentes pâtes de fruits et du gingembre confit qu’elle nous offre. Elle semble ravie, elle tend encore son panier plein de friandises. Le gingembre est incroyablement épicé, la langue me brûle mais devant son insistance, je ne peux refuser. La soirée du Têt s’arrêtera là pour nous, sur la terrasse du bungalow avec quelques biscuits et un soda frais.

Les campagnes du Mekong
Adieu campagnes du Mekong !

Retour à Saigon

Le lendemain matin, nous reprenons la route de Saigon à bord d’un autobus entièrement vide. Impensable en effet pour qui que ce soit de voyager aujourd’hui, le jour du Tèt se passe en famille. Les routes sont quasiment désertes, les scooters ont mystérieusement disparus pour laisser place au vide. Sensation étrange que de se retrouver au calme pour la première fois depuis une semaine. Il n’y a guère que quelques autobus et deux ou trois taxis. Les rizières du sud sont d’un vert éclatant, parsemées de petits épouvantails en plastique censés protéger le riz des oiseaux trop gourmands. Ça et là quelques tombes chinoises aux formes arrondies qui trônent au milieu des champs. Je lis les premières pages d’Itinéraire d’Enfance de Duong Thu Huong. Le chauffeur nous a distribué à chacun une petite bouteille d’eau et une serviette rafraîchissante. Le bus est même équipé du wifi, mais visiblement aujourd’hui, lui aussi est en vacances.

En ville, pas grand monde non plus, Saigon semble s’être vidée de tout ses habitants. Non loin de Cong Hoa, la musique et les percussions d’une cérémonie me réveille soudain. Le dragon danse sur un trottoir, suivi par une foule de vietnamiens à la mine réjouie.

Entre Pham Ngu Lao et Bui Vien, nous voilà au cœur du quartier routard de Saigon, que les vietnamiens surnomme carrément Phố tây. Une réplique de la fameuse Khao San de Bangkok, avec ses pubs bruyants et ses restaurants aux cartes à rallonge. En plus de la cinquantaine de plat vietnamiens, on peut bien sûr y manger cette western food si chère aux voyageurs. Nous déambulons dans les rues du quartier, un peu perdus, la tête levée vers le ciel en train de regarder le toit des maisons tubes, particularité architecturale des villes du pays. Nous nous installons dans un bar pour fans de sport, qui diffuse simultanément basket, football, formule 1 et tennis. Du bonheur en perspective !

Le quartier routard de Saigon
Le quartier routard de Saigon

Nous passerons une bonne partie de l’après-midi à taper à la porte des agences de voyages pour trouver quatre billets pour Nha Trang. Mais en cette période de Tèt, la plupart des bus sont déjà complets. Même histoire à la gare, et là bas en plus, tout est écrit en viet. Impossible de comprendre quoi que ce soit. Une jeune étudiante francophone vient heureusement à notre secours. Mais pas une place n’est disponible, ou alors il faut voyager assis en classe économique. Nous n’avons pas vraiment envie de passer la nuit sur des bancs en bois.

A l’hôtel Sunland

Au Sun Land, nous avons réservé sur internet une suite à cent dollars. L’hôtel est flanqué au fond d’une cour murée, sur les berges de la rivière. Le hall d’entrée ressemble à n’importe quel hôtel de luxe sur la planète. Dorures au mur et au plafond, comptoir en marbre, et fauteuils en velours rouge criard, dans le style Régence. Il y a même une équipe de grooms aux petits soins qui vous ouvrent les portes et transportent les bagages sur un chariot doré.

Dans une petite épicerie de la rue De Tham, nous avons dégoté une bouteille de vodka Hanoi. Une surprise pour moi, je n’aurais jamais penser qu’on fabrique de la vodka ici. Pas vraiment la meilleure du monde, un goût prononcé d’alcool de riz, mais avec un peu de Pepsi ça fera très bien l’affaire. L’ivresse monte vite, en deux temps trois mouvements, nous voilà en plein shooting devant la baie vitrée de la chambre qui offre un beau panorama sur Saigon. Nous avons vue sur la tour Bitexco, qui de loin ressemble à la voile d’un navire. Le quartier des affaires de la ville s’illumine à la lueur intense des néons fluos. La nuit sera mouvementée, surtout quand vers trois heures du matin, certains auront l’idée saugrenue d’aller chiper des drapeaux vietnamiens sur les façades des maisons…

On ne peut pas dire que la clientèle du Sunland soit celle des palaces, une foule de gens un peu beaufs, bedonnants et désinvoltes, qui parce qu’ils paient le prix fort, pensent qu’ils peuvent tout se permettre. Au bord de la piscine, ils nous observent sous toutes les coutures, nous fixent avec un regard noir parce-que nous osons rigoler, alors que la veille les mêmes ingurgitaient des litres de bière en canettes achetées dans une épicerie. Ce matin au petit-déjeuner, j’ai surpris une femme entrain de s’en prendre à un môme pour deux tranches de pains grillés. Si elle m’avait fait le même coup, je lui aurais certainement jeter ses fichus toasts à la figure. Horrible bonne femme qui ne se sent plus parce qu’elle croit goûter au luxe. Toute cette populace qui se prélasse sans le moindre respect me donne la nausée. J’espère juste une chose, ne pas trop leur ressembler plus tard. L’avenir le dira…

Saigon après le Tèt >

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