Au petit matin, j’ai vu les tortues de Ras Al Jinz

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Randonnée au Wadi Shab

Je me suis réveillé aux aurores, pour être parmi les premiers au Wadi Shab et ainsi éviter les foules du lendemain de l’Aid. J’avale en vitesse mon petit déjeuner, avant de sauter dans mon 4×4 pour reprendre l’autoroute en direction de Tiwi. Sous l’immense pont de la quatre voies, voici le Wadi Shab, impressionnant canyon dont les falaises orange brûlée culminent à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Non loin du parking, je m’arrête près d’un petit camion qui vend des sandwichs et du café pour les randonneurs. Un ouvrier pakistanais m’invite à sa table, essayant de converser avec ses quelques mots anglais. Il me fixe longuement avec un grand sourire, tout en me cherchant du regard.

Je traverse la rivière sur une petite barque. Normalement la traversée coûte 200 baizas, mais pour les visiteurs étrangers ce sera 1 rial. Je ne dis rien, prix spécial Aid peut-être, ou bien inflation fulgurante au choix. Le sentier qui court le long du wadi a été entièrement bitumé dans sa première portion, et suit le cours de la rivière en longeant les falaises par la rive droite. Le paysage est ici assez grandiose, je me croirais presque dans les canyons de l’ouest américain, même si je l’avoue, je ne les ai vu qu’en photo. Nous sommes une poignée de randonneurs à attaquer la montée vers le cœur du canyon. Je croise sur ma route un groupe de jeunes français installés dans la région. L’un travaille à Sour, les autres sont basés à Dubaï. Comme moi, ils souffrent de la chaleur, nous dégoulinons de sueur. Vers 9 heures du matin, il doit déjà faire pas loin de 40 degrés. Le chemin serpente à travers le canyon, je traverse le wadi sur de petites passerelles ou directement en sautant entre les rochers.

wadi shab

Après 45 minutes, j’atteins enfin les premiers bassins, où plusieurs personnes font une halte pour la baignade. Mais on m’avait dit que le plus beau était après, en amont, en suivant une voie accidentée, accrochée à la falaise. Je me suis égaré plusieurs fois, me retrouvant dans une impasse, parfois obligé d’escalader des rochers, ne pouvant plus progresser. Le sentier était plus haut, je pensais pouvoir le rejoindre par une voie dans la roche, mais elle était trop glissante. Demi-tour obligatoire, une chute aurait été fatale. J’ai finalement appris à me repérer dans cette immensité rocheuse, en repérant au loin les talus du pierres, construits par les hommes. Par moment, j’ai senti le vertige venir, tant la route était haute et le sentier étroit. Et pourtant, je n’en souffre quasiment jamais en temps normal.

wadi shab entree

wadi shab corniche

J’ai atteint le fond du wadi après une heure de route, fatigué, écorché au niveau des jambes et des bras. J’ai plongé dans l’une des petites piscines situées en contrebas de la palmeraie, et suis resté plusieurs dizaines de minutes dans l’eau, épuisé et mort de soif. Le litre et demi d’eau emporté avec moi était consommé depuis bien longtemps. J’ai rempli ma bouteille avec l’eau de la rivière avant d’entamer la descente, pas vraiment le choix à vrai dire. Je me suis rendu compte, en voulant remonter vers le sentier, que le trajet aller avait eu raison de mes vieilles Nike Air. Les semelles avaient commencées à se décoller par l’avant, pour finir par se décrocher carrément, me faisant dangereusement perdre l’équilibre. Je n’ai eu d’autre choix que de les arracher et finir la route avec des baskets sans semelles. Fort heureusement, j’arrivais à destination sans encombre.

En route pour Sour

Après le déjeuner, je me suis affalé au bord de la piscine, littéralement épuisé par la marche du matin. Tant pis, je reprendrai la route pour Sour en fin d’après-midi, quitte à finir de nuit ! Evidemment je n’ai pas réussi à dormir, trop excité à l’idée d’atteindre la pointe est d’Oman, pour pouvoir, le lendemain matin, partir observer les tortues de Ras el-Jinz. J’ai fait un dernier plongeon dans la piscine de l’hôtel, puis j’ai repris la route. Elle file à travers les montagnes pour atteindre une immense plaine côtière, vaste étendue encore désertique, un brin monotone. Après une heure de route, on aperçoit le terminal pétrolier de Sour sur la droite, paysage industriel qui parait surgir de nulle part. Les installations pétrochimiques semblent recouvertes d’un épais voile de poussière jaunie, comme toute la plaine alentour. Au loin, j’aperçois les premières maisons de Sour, qui se détachent avec difficulté du paysage. Je suis les larges panneaux marrons indiquant « Turtle Center », puis finis par déboucher sur la corniche de Sour. La ville m’apparaît, semblable à une aquarelle, tout en dégradé de pastel, orangé, rouge et blanc. Je m’arrête sur le bord de la route pour rejoindre la plage, envahie d’omanais de tous âges. Les jeunes jouent au football sous le regard d’hommes plus âgés, regroupés en différents endroits de la corniche. Ils sont installés sur des fauteuils pliants, ceux que l’on utilise habituellement au camping.

plage de sour

Les voix des muezzins résonnent depuis tous les minarets de la ville, alors que je reprends la route pour Ras Al Jinz. Mon escale à Sour fut bien trop courte, tant pis, j’y reviendrai demain matin. La route côtière est complètement embouteillée jusque bien après Al Ayja, si bien qu’il me faudra encore vingt minutes avant de quitter la ville. Je m’enfonce à travers des collines aiguisées et dénudées qui me transportent ailleurs, loin de la terre, dans une ambiance martienne. La lumière décline à toute vitesse, je ne vois plus rien des paysages que je traverse. Arrivé à l’embranchement de Ras Al Haad, il fait déjà nuit noire. Il me reste encore quelques kilomètres à parcourir avant d’atteindre enfin le centre scientifique de Ras Al Jinz, où je vais passer la nuit. Je m’attendais à dormir dans une petite tente vert kaki, comme celles des militaires ou des explorateurs, installé sur un lit de camp, face à la mer. Il en sera tout autrement, les tentes du centre scientifique disposent de tout le confort et se rapprochent bien plus d’un bungalow de luxe que d’un gourbi du désert. Je m’endormirai vers 23 heures.

Voir les tortues de Ras Al Jinz en plein milieu de la nuit

Je n’ai fait qu’un bond lorsque mon réveil a sonné en pleine nuit, vers trois heures et demi. Je n’ai jamais été du matin, et cela se vérifie encore aujourd’hui. Je redescends le chemin en direction du centre scientifique, encore totalement embrumé et le regard vitreux, trébuchant plusieurs fois sur des pierres. Une bonne cinquantaine de personnes patientent à l’accueil, dans l’attente de pouvoir, comme moi, accéder à la plage où les tortues viennent pondre. Nous sommes appelés à rejoindre le guide, en deux groupes. Dès le départ, les consignes sont clairement énoncées, pas de bruit, pas de photos au flash, ne pas s’écarter du groupe. Nous progressons lentement, dans la nuit, pour rejoindre la plage située à environ un kilomètre de là. Je n’y vois quasiment rien et j’avance avec difficulté, manquant plusieurs fois de tomber dans d’immenses trous, creusés dans le sable.

tortue ras el jinz

Nous verrons deux tortues, à la faveur d’une lampe torche que pointait l’employé du centre scientifique, vers le fond d’un immense cratère que l’animal avait creusé dans le sable durant toute la nuit. Lorsque elles repartent en mer, elles laissent de grosses traces sur le sable, qui me font penser à celles laissées sur le sol par un chasse-neige. Sur terre, la tortue verte paraît être complètement handicapée, elle progresse avec une extrême lenteur, à tel point que chaque mouvement semble être une souffrance. L’une d’elle mettra plus d’une demi heure à se trainer jusqu’à la mer, avant de repartir à la nage, entraînée par le rouleau d’une vague.

Retour sur la plage

Après le petit déjeuner, je suis sorti du centre scientifique de Ras el-Jinz pour retourner voir la plage sur laquelle nous étions ce matin On traverse une grande plaine complètement déserte qui prend la forme d’un cirque, entouré de hautes falaises. On croirait un désert. On y a tracé une petite piste qui mène jusqu’à la mer. Je la vois devant moi, j’ai l’impression qu’elle est à 300 mètres d’ici, mais en fait je n’en sais rien. Les perspectives sont complètement déformées, je suis incapable je crois, d’évaluer avec certitude la moindre distance, la hauteur ou encore la profondeur des paysages que je traverse. Et puis il y a ces couleurs, qui donnent une impression d’uniformité permanente. On passe du gris au noir, parfois du marron au jaune, c’est à peu près tout ce que je vois. Je suis à mi-parcours et il fait maintenant un chaleur assez écrasante, mais avec le vent, c’est moins insupportable qu’ailleurs.

falaises ras el jinz plage

falaises ras el jinz

Je continue à progresser vers la mer, je me retourne est j’aperçois des collines rocailleuses, dans lesquelles sont nichés les chalets où j’ai passé la nuit. Cela fait déjà une bonne dizaine de minutes que je marche et je ne suis toujours pas arrivé à la mer. Les falaises me paraissent d’un seul coup gigantesques, je ne peux pas vous donner leur hauteur, 50, 100, 150 mètres peut-être. Je ne suis tellement pas habitué à ce type de paysages, que je ne sais plus rien. Il n’y a rien, à part de la terre, du sable, de la roche, un arbuste qui paraît mort. Il n’y a toujours personne sur mon chemin, les visiteurs sont déjà repartis. Je suis seul au milieu de l’immensité. J’accède enfin à la plage, sur ma droite il y a cette immense falaise, fascinante, qui me rappelle un peu des paysages que l’on peut voir en Arizona. Une roche un peu orangée, découpée et sculptée par les embruns, donnant des formes assez mystérieuses. Je vois un pied qui dépasse du sol, plus loin le visage d’un homme, de profil, qui me fixe avec un œil dur. Une étrangeté encore renforcée par une palette de couleurs, qui passent de l’ocre à l’orange. Le plus beau se dévoile au bord de l’eau, car vu côté terre, cette falaise ne me paraît pas si grande que cela, mais côté mer, lorsqu’on la voit tomber dans l’eau, c’est juste hallucinant. Et la côte est comme cela sur plusieurs dizaines de kilomètres autour de moi. La plage est large d’au moins deux ou trois kilomètres, un sable blanc sur lequel déferlent d’immenses rouleaux de vagues couleur azur. Il n’y a personne ici, exceptés quelques oiseaux qui tournoient au sommet des falaises…

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1 Comment

  1. Itinera Magica
    16 janvier 2017 @ 4:03

    Ton voyage me fait complètement rêver. J’adorerais découvrir Oman. Merci pour cet article superbe.

    Reply

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