Arnaque et shopping à Kandy

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Nous étions revenus au Hills Lodge, une grande maison bourgeoise assez récente rappelant les demeures construites par les anglais au début du vingtième. La maison s’organisait sur cinq ou six paliers desservis par plusieurs petits escaliers en bois. Le mobilier était un mélange de meubles contemporains, de décorations de style sixties et de quelques lampes et bibelots rappelant les années folles. A chaque niveau, on pouvait ouvrir une ou plusieurs porte-fenêtres qui donnaient sur de petits balcons où nous prenions le thé en fin de journée.

Je portais une tasse brûlante à ma bouche et soufflais lentement pour la rafraîchir. En regardant la ville en contrebas, je repensais aux nuits passées dans la chambre de ma sœur à boire le thé et fumer des cigarettes roulées, tout en papotant jusqu’au petit jour. Le cendrier pop en inox était toujours plein à ras bord de mégots que nous éventrions pour nous rouler encore d’autres clopes. Nous remontions toujours le thé sur un plateau beige et rond, au centre duquel il y avait un motif Hansi. Je crois qu’il représentait une maison à colombage avec un cheval. Je ne me souviens plus très bien. Les murs de la chambre de ma sœur étaient couverts d’affiches et de photographies de cinéma qu’elle collectionnait par centaines. Nous passions des heures à les regarder, à comparer les actrices pour savoir laquelle était la plus belle, la plus classe ou la plus mystérieuse. Nous écoutions de la musique rock, Mikk Jagger ou Jeff Bucckley le plus souvent. Et nous restions toute la nuit vautrés sur une épaisse couette en plumes d’oie, enfermés dans la chambre totalement enfumée où persistait une odeur de tabac froid.

elephants kandy

Les éléphants en bois

Le lendemain, nous nous pressâmes pour terminer notre shopping à Kandy, avant le retour à Colombo. Je croisai à nouveau la route des pachydermes sculptés dans une échoppe de Cross Street. Elle était tenue par trois immigrés chinois, probablement un couple et leur fille. La boutique était obscure, presque lugubre. Une longue pièce dont les murs était couverts d’étagères en bois sombre, qui remontaient jusqu’à hauteur du plafond. Elles étaient chargées d’articles à n’en plus finir, porcelaine, statuettes, objets en étain, poupées, étoffes. Certains objets étaient gardés sous vitrine, certainement devaient-ils avoir plus de valeur que les autres. C’était un vrai fourbi, un amas de vielles affaires dont les couleurs paraissaient passées tant il y avait de poussière.

Les éléphants étaient disposés dans différents paniers à côté de l’entrée. Je passai plusieurs minutes à fouiller minutieusement et à observer chacun d’eux, afin de repérer ceux qui n’avaient pas été abimés. J’en sortis trois qui, après un bon coup de chiffon, devraient retrouver leur aspect d’origine. Brice me fit remarquer que le vieillard assis au fond de la boutique ne nous avait adressé ni parole, ni même un regard depuis notre arrivée. Je négociai le prix des éléphants avec une des vendeuses, elle me fit signe d’attendre en s’éloignant au fond de la boutique. D’un mot et d’un geste de la main, le vieillard conclut l’affaire. Pas un coup d’oeil, pas un merci, rien… Nous sortions.

A la folie d’Helga

Nous filâmes ensuite jusqu’à la folie d’Helga, une grande demeure complètement extravagante située sur les rives du lac Bogambara. Vue de l’extérieur, la première aile de la bâtisse évoquait un temple chinois, rouge intense, dissimulé au milieu d’un jardin verdoyant. Nous fûmes dirigés vers l’un des salons du rez de chaussée, pour y prendre un verre. Nous étions installés dans un large canapé entouré d’une collection impressionnante de meubles et de décorations chinées qui aurait fait pâlir n’importe quel brocanteur. Aux quatre coins de la pièce, il y avait plusieurs bougeoirs sur lesquels la cire avait coulée jusqu’à recouvrir toute les chandelles. Ils donnaient à la pièce une atmosphère de château hanté. Le reste de la maison était une enfilade de salle à manger et de boudoirs aux murs richement décorés de fresques colorées, mêlant influences orientales et style empire.

folie helga

Une crème ayurvédique venue d’Inde

Dans la rue principale de la ville, un homme d’une quarantaine d’années à la peau sombre et au visage marqué nous accosta. Il se prénommait Alex. Nous fûmes assez étonnés de rencontrer ici un sri-lankais s’exprimant dans un français aussi impeccable.

« J’ai travaillé deux ans et demi en France dans des hôtels à Méribel » nous dit-il. « Je suis revenu au Sri Lanka et je travaille maintenant dans une petite boutique pas loin d’ici ». Nous lui confions être étonnés des prix pratiqués par le commerçants auprès des voyageurs. Il nous proposa de nous accompagner dans un petit marché souterrain où lui même faisait ses courses. Il nous assura que nous pourrions y faire de meilleures affaires. Alex était très jovial et parlait tout le temps, il nous inspira confiance, si bien que nous le suivîmes sans nous poser de question.

rue de kandy

« Venez ! Je vais vous emmener chez un ami qui vend des batiks. Pas les faux que vous trouverez dans les boutiques en ville. Ici, ils sont fait à la main. En plus ce week-end, ils font tous des promotions pour l’anniversaire du prophète ! »

Commença alors un drôle de manège. Nous observions Alex en train de déplier un nombre incalculable d’étoffes tout en causant en cinghalais avec le propriétaire de la boutique, qui le regardait d’un œil circonspect. Nous ne savions plus comment lui dire que nous n’étions pas intéressés. Voyant que le manège ne prenait pas, il nous conduisit vers une autre échoppe qui proposait des épices, du thé et des produits ayurvéda. Les prix y étaient effectivement bien moins élevé qu’à Matale. Nous ressortions de là avec des épices et des crèmes, le tout pour une vingtaine d’euros tout de même.

parapluie kandy

panier kandy

gateau kandy

En traversant la rue pour nous rendre dans une boulangerie, nous tombions sur un autre homme en train de sortir, en français, un laïus semblable à celui d’Alex à d’autres touristes… La bonne affaire !

De retour à Hanthana, nous observâmes de plus près la crème Ayurveda achetée au marché de Kandy. C’était une crème dépilatoire Vi John fabriquée en Inde, prix de vente trente deux roupies… Achetée sept cent cinquante. Dès qu’il s’agissait de commercer avec des étrangers, l’arnaque semblait de mise. Les voyageurs étaient une grande tirelire dont chacun voulait profiter, du chauffeur de taxi au restaurateur en passant par l’hôtelier ou le petit commerçant. Le système était savamment orchestré, de façon à ce que chacun prenne sa part au passage. Alex qui nous avait mis en confiance en nous écoutant et en plaisantant avec nous. D’autres beaucoup moins finement, nous harcelaient en tentant de nous faire accepter une offre malhonnête ou en voulant nous obliger à prendre place dans leur véhicule. Ils étaient, à eux tous, les rois de la petite arnaque. Pas grand chose ! Quelques roupies par ci, une dizaine d’autres par là. Curieuse sympathie affichée, grands sourires et contact facile qui cachaient souvent l’espoir de soutirer quelques billets. C’était évidemment le lot de bien des pays pauvres ou les voyageurs étrangers sont perçus comme une manne par des gens qui ne possèdent rien. Mais à ce moment précis, je ne pouvais m’empêcher de me poser cette question : est-ce que je reviendrais ?

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3 Comments

  1. Solene
    13 novembre 2015 @ 10:36

    Hello
    interessant comme retour d’expérience. Nous avons également ressenti un peu d’insistance à certains moment mais beaucoup plus à Colombo qu’a Kandy finalement. Nous y étions pendant la grande fête bouddhiste peut-être que ca adoucit les moeurs 😉

    Reply

    • Petits Voyageurs
      17 novembre 2015 @ 11:25

      C’est possible que la fête calme un peu le jeu, quoi que ! 😉 Mais c’est vrai que ce n’est pas à Kandy que les sollicitations étaient les plus nombreuses, c’était surtout dans le sud en fait ! J’ai pris cet exemple parce-que le jeune homme s’est montré particulièrement habile, et avec le recul cela me fait plutôt sourire maintenant ! Merci pour ton commentaire !

      Reply

  2. Penot pascal
    15 janvier 2017 @ 8:28

    C’est rigolo l’arnaque de Kandy, nous avons eu presque la même. Avec visite du marché et au rez de chaussée les prix affichés. Puis à l’étage pour les écharpes en soie. C’était en 2012. Bonne soirée
    Je l’ai me raconté sur le forum du Lonely planet
    Pascal

    Reply

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