Sueurs froides sur la piste de Hatt

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A chaque fois qu’il m’arrivait de repenser à la piste de Hatt, j’avais toujours cette même image qui revenait en tête. La voiture roulant à vive allure sur la route asphaltée, la musique pop de la radio Hi Oman, le bruit de la climatisation, et soudain plus rien. Une route tranchée nette, une pente abrupte, un coup de frein et un véhicule stoppé à quelques mètres de la piste. Le cœur qui bat fort et tambourine sur mon torse. Moi soufflant, les yeux presque écarquillés, à deux doigts de flancher.

Au matin dans la palmeraie de Misfah

L’histoire avait en fait débuté bien plus tôt dans la journée, lorsque je flânais encore le long des aflajs au milieu de la palmeraie de Misfah. Je m’étais levé tôt ce matin là encore, vers sept heures. J’avais profité des premières chaleurs sur le toit de la pension, laissant mon regard balayer la cime des centaines de palmiers de ce petit jardin d’Eden, planqué dans une étroite vallée du Hajar Oriental. J’avais finalement décidé d’arrêter un peu de courir après les étapes, prenant le temps de déjeuner en bouquinant quelques pages de Warda et rêvant déjà à l’aventure du sud Dhofar.

Les aflajs de Misfah à Oman

Lorsque je me réveillai, il était presque midi et le temps commençait à presser. Je filai sans attendre, mon sac sur le dos, pour rejoindre mon 4×4 laissé la veille à l’entrée du village. Pensant gagner un peu de temps, je branchais mon GPS et tapais sur le clavier le nom de Hatt. L’itinéraire ne ressemblait en rien à celui que j’avais préparer le soir au dîner. Peu importe, il fallait que je fasse au plus vite pour traverser le wadi avant la nuit et rejoindre la côte. En redescendant vers Al-Hamra, je ne vis pas le panneau indiquant les grottes d’Al-Hotta et mis cap mécaniquement vers Bahla, suivant les instructions du GPS à la lettre. Et la route me mena au pied d’une montagne pelée, dont les roches à vif brillaient sous l’éclat du soleil, d’un blanc intense presque éblouissant.

Les rochers dans la pampa

Hatt, 23 kilomètres, indiquait un panneau à l’entrée d’une piste qui zigzaguait à flanc de colline. Après l’expérience du Djebel Akhdar, ce n’était certainement pas cette petite portion de route accidentée qui allait me faire peur. Et c’est pourtant elle qui, quelques heures après, causerait ma perte. Au fur et à mesure que la piste s’enfonçait dans la montagne, les indications se faisaient de plus en plus rares, si bien que je me retrouvai égaré au milieu de nulle part. Un berger m’avait fait revenir sur mes pas, pour descendre dans le fond d’une vallée où somnolait un hameau de quelques maisons à peine. J’étais perdu, presque dépité, sentant l’angoisse monter en moi, comme pour me dire que j’allais devoir abandonner et laisser la piste de Hatt à d’autres.

Sur la route pour Hatt

Je descendis de la voiture pour tenter de trouver de l’aide dans les quelques fermes disséminées ça et là. Mais personne ne m’ouvrit. Au bout de vingt minutes, un bus d’écolières en uniforme débarqua. Le vieillard au volant baissa sa vitre, laissant échapper les gloussements des adolescentes visiblement surprises de me voir ici. Je brandis ma carte routière, pointant le village sur la carte, le bras fébrile, et répétant Hatt plusieurs fois. Avec le stress, mon anglais s’était évaporé, mais pas sûr de toute manière que l’homme aurait compris. Il pointa son doigt droit devant, laissant échapper quelques mots d’arabe, suffisant à me faire comprendre que je devais remonter la côte juste en face. Mais par où bordel ? Pas de route ni de chemin, juste une pente immense et un champ de rochers aux arrêtes tranchantes. C’est alors que je commis une erreur. Au lieu de remonter la côte prudemment, je donnai un grand coup d’accélérateur et avalai la pente en une minute. L’un des pneus n’y survécu pas.

A plat sur la colline

Je rejoignis la route quelques mètres plus loin et stationnai le véhicule sur le bas côté. Le pneu n’était plus qu’une galette de caoutchouc fumante, impossible d’aller plus loin sans changer la roue. Et il fallait que cela arrive aujourd’hui, alors qu’il me restait encore plusieurs heures pour rejoindre l’autoroute de Rustaq. Je sortis de la voiture, j’ouvris le coffre et saisis la petite caisse à outil planquée sous le coffre, pour en extraire un outil permettant de faire descendre la roue de secours. 20 minutes rien que pour le monter et trouver comment m’en servir. J’enfonçai la tige de métal dans un petit trou, cherchant à accrocher les rouages du mécanisme, en vain. J’entendis soudain le bruit d’une voiture au loin et me retrouvai à sautiller, bras en l’air, sur le bas côté. Un policier d’une cinquantaine d’années sortit de la voiture pour me rejoindre, bientôt aidé par un jeune du coin. Quelques minutes plus tard, je pouvais repartir.

Au sultanat d'Oman, la piste de Hatt vue d'en haut

Lente descente sur la piste de Hatt

La piste de Hatt était enfin là devant moi, dévalant la falaise dans une pente folle, sur un terrain encore défoncé par les pluies de la nuit. Je me garai sur le côté, le temps de reprendre mes esprits et de sortir fumer une cigarette. Le panorama était évidemment splendide, comme à chaque fois, je voyais les lacets de la piste disparaître au loin, et les 4×4 des locaux et des touristes se croiser comme des majorettes sur un tapis de jeux. J’entrepris la descente en suivant un pick-up qui venait de me dépasser, avec cette peur tenace de crever à nouveau et d’échouer dans les méandres du canyon pour la nuit. Ses traces seraient miennes jusque dans les entrailles de la rivière qui coulait, quelques centaines de mètres plus bas. Je ne rigolais plus, je ne respirais plus, je ne voyais plus rien d’autre que ce chemin tortueux, jonché de caillasses devenues des pièges qu’il fallait tour à tour déjouer.

En 4x4 sur la piste de Hatt

A la jonction de deux routes, mon guide avait filé à droite et je me retrouvai seul sur la route, sans aucun véhicule arrivant en face ou doublant. Et au-dessus de moi, le soleil qui commençait à filer. Soudain une voiture rangée au bord du chemin, et moi m’extirpant de poste de pilotage, ma carte à la main, pourvu qu’ils aillent à Rustaq. L’omanais n’y allait pas, mais son passager, un ouvrier indien, s’y rendait et pris place à mes côtés pour me guider. Il connaissait les pistes du wadi comme sa poche, puisqu’il faisait partie de ces petites mains qui réparaient la route après l’orage. Un boulot ingrat me raconta-t-il, mais tellement bien payé qu’il pouvait faire vivre toute sa famille restée au pays, et payer l’école privée de sa plus grande fille.

Le wadi Bani Awf au sultanat d'Oman

Le wadi Bani Awf était imposant par sa grandeur et impressionnant pas ses couleurs, teintes de rouilles, de grenat et de rouge de mars. Et le soleil perlant, laissant apparaître des orangés vifs. Un autre monde de roche qui cachait de petits villages et des palmeraies, qui survivaient grâce à l’eau amenée de la rivière par les canaux en pierre. La route fut encore longue pour quitter cet univers à part, qui reste l’une des expériences les plus fortes de mon voyage à Oman. A la nuit tombée nous atteignîmes Rustaq, je poursuivis ma route après avoir laissé mon co-pilote près d’une station essence, à l’entrée de la ville.

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