Sur l’île de Hon Ong

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Hon Ong abrite un petit hôtel et un club de plongée, installés sur la plus grande plage de l’île qui doit se traverser en dix minutes à peine. Depuis le ciel, l’île dessine la tête d’un animal, bouche ouverte, peut-être un dragon. On la surnomme l’île de la Baleine parce qu’autre fois les cétacés étaient nombreux à croiser au large. Mais on en aurait plus vu depuis déjà de nombreuses années. L’archipel, par endroit, rappelle les paysages de l’arrière pays varois. En suivant le sentier qui fait le tour de l’île jusqu’à la baie des Mangues, on croirait faire une promenade dans la garrigue. Le sous-bois regorge de buissons épineux et d’arbres bas aux feuilles recroquevillées, comme celles des chênes verts. Au moyen d’une corde, on peut escalader un énorme rocher en granit qui culmine à l’ouest de la plage. Le ciel est d’un bleu vif, moutonné par endroit de petits nuages blancs, il contraste avec le vert sombre des montagnes d’Han Lon. L’eau paraît tellement plate, glissante, comme patinée et teintée de tâches sombres formées par les courants. De l’autre côté, la mangrove de l’île que les propriétaires tentent de sauver est envahie de minuscules morceaux de plastique, piégés dans les racines des palétuviers. Pas encore autant que le long de la route qui mène à Daï Lanh, heureusement. J’entends un homme qui revient d’une sortie en mer et qui raconte que le vent a poussé vers l’île tous les détritus des village alentours. La prise de conscience sur les questions écologiques n’a pas encore eu lieu au Vietnam.

ile de la baleine

Au bungalow

Nous avons choisi des bungalows familiaux avec une vue sur le jardin qui portent les numéros 25 et 26. Sorte de grandes huttes en bambou tressé avec un toit de palme. Dans chaque chambre il y a un grand lit double avec une moustiquaire montée à la manière des lits à baldaquin. Quelque fois quand j’entre à l’intérieur, j’ai cette désagréable impression d’être un de ses missionnaires de l’Indochine française qui partaient civiliser les vietnamiens de Cochinchine ou du Tonkin, ceux qu’on appelait les annamites. Je m’imagine redescendant le Mékong à bord d’une barge, mon boy à mes côtés trainant péniblement mes malles et mes valises. J’ai des pensées stupides parfois, moi qui ne m’étais jamais intéressé à cette période noire de l’histoire de France. Mais il me suffit juste de quelques bouquins et d’une semaine passée dans le sud pour commencer à me faire des films… Je marche sur le plancher qui craque, une latte se cambre sous mon poids. Depuis le début je ne l’aime pas trop ce bungalow, c’est toujours ce que je me dis avant. Trois jours dans une île à rêvasser au bord de l’eau, c’est long, trop long pour moi. Mais une fois arrivé, au bout de quelques heures, je me détends enfin. Juste prendre le temps, se reposer, fuir le bruit et la foule des premiers jours et oublier un moment le décalage pour ne penser à rien. Lorsque j’ouvre les pages de mon carnet, c’est le stylo qui guide ma main, recouvrant une à une les lignes vides, comme un morceau de musique.

La nuit venue, il n’y a plus un bruit si ce n’est celui de la forêt, les insectes qui chantent et un gecko en haut de l’arbre. On entend même pas la mer. Le soir, tous les bruits alentours traversent les parois du bungalow, on se croirait en pleine forêt. On entend les coucals qui font leurs vocalises, comme le cœur d’une chorale. Au beau milieu de la nuit le bruit d’un animal réveille toute la chambrée, un bruit sourd comme un fracas venu du haut du toit. « C’est un singe ! » dis-je dans un demi-sommeil. Au petit matin je ne me souviens de rien.

Je suis réveillé à l’aube par le bruit des bateaux à moteur, ceux des pêcheurs ou ceux qui emmènent les visiteurs pour une excursion de plongée. Sur la plage un homme crie pour une histoire de palme, je ne comprends pas vraiment. J’ai encore la tête qui tourne et le regard trouble, je repose la tête sur le coussin pour rêver encore. Dans la petite salle de bain aux murs roses saumonés il y a une vasque en marbre avec un lavabo blanc. Le sol est incrusté de petits galets noirs sur lesquels les pieds glissent après la douche. Dans le reflet du miroir, j’ai la même tête que mon plus jeune frère quand il est mal réveillé. J’ai trop bien dormi dans l’immense lit du bungalow de l’île de Hon Ong.

En canoë à l'île de la Baleine

Promenade en canoë

L’après-midi, nous ramons à bord d’un vieux canoë, contournant l’île par l’ouest en direction de la mangrove sur les conseils de Sonia, la monitrice de plongée. Sur une plage, un petit groupe de vietnamiens fait une partie de cache-cache qui provoque rires et hurlements. Nous accostons non loin de là, sur une autre plage jonchée de détritus, au milieu desquels git le cadavre d’un poisson mort. Une nuée d’insectes virevolte déjà au-dessus de lui dans une odeur pestidantielle de décomposition. Nous repartons, ramant en plein soleil. La vieille barque en bois me rappe les mains à chaque poussée de la rame dans l’eau. L’embarcation dérive sans cesse vers la droite à cause du courant, nous faisant perdre notre trajectoire. L’état des plages de ce côté de l’île est vraiment préoccupant. Les nombreuses fermes marines alentours semblent déverser leurs déchets en pleine mer, tout comme les habitants des villages de la péninsule. En témoigne un amoncèlement d’ordures sur les plages, les dunes et les îles de l’archipel, que le vent pousse toujours plus loin jusque sur la cime des arbres. Et pourtant, le personnel de l’île redouble d’efforts pour nettoyer la mer et les plages. Chaque matin, ils jouent les équilibristes sur de petites barques en bois, armés de leurs épuisettes. Mais le combat paraît presque perdu d’avance, il faut recommencer chaque matin voire même plusieurs fois par jour en fonction des marées et des courants.

Petit morceau de France

Durant le Tèt, beaucoup d’expatriés français venus d’Hanoï ou de Saigon passent une semaine dans l’île au moment des vacances. Ils occupent une bonne partie des bungalows si bien qu’on entend causer en français un peu près partout, au bar, au restaurant ou sur la plage. Il y a cet homme, marié à une vietnamienne, qui raconte à toute une tablée la dernière excursion en hélicoptère qu’il a vendu à des clients chinois. Et cette femme, avec ses deux enfants métissés qui jouent sur la plage et qui ce jour là ont décidé de n’en faire qu’à leur tête. Ils ont les yeux qui brillent en regardant la mer et le sable, si bien qu’ils n’entendent même plus les sollicitations de leur mère. Il y a encore un homme un peu plus loin qui parle d’une voix forte juste pour dire quelle plongée magnifique il vient de faire ce matin. Chaque soir il y a foule à la table du patron, on discute, on rigole en buvant des verres de vin français. On parle aussi affaire évidemment, la dernière transaction, la prochaine acquisition mais aussi tous les potins de la communauté française.

couche de soleil a hong on

La fille au casque bleu

Au soleil couchant, il y a toujours cette jeune femme qui fait son yoga sur le ponton au milieu de la baie. On voit son ombre qui s’arc-boute au-dessus de l’eau, minuscule, une silhouette noire qui se perd dans le reflet des vagues. On aperçoit déjà plus les hangars flottants des pêcheurs du village. Elle est toujours là, la jeune fille au casque bleu, celle que j’ai vu hier au bar et ce matin assise sur un transat en bois de la plage. Elle reste toujours seule et silencieuse, elle regarde au loin, vers le vide, comme si rien ne la faisait réagir. J’aimerai bien savoir quel genre de musique elle écoute ou même à quoi elle peut bien penser, mais j’ai l’impression qu’aucune interaction n’est possible…

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