Une pension à la mer, sur la plage de Negombo

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Tracasseries d’avant départ

Plus jeune, j’étais un petit garçon introverti, un peu rêveur, qui avait du mal à gérer ses émotions. Aussi lorsque nous partions en vacances, je me retrouvais dans une excitation tellement grande à gérer, que je tombais le plus souvent malade juste avant le départ, ou dans les quelques jours qui suivaient. Grosse fièvre, énorme fatigue, cloué dans un lit. Une année, un médecin alsacien me diagnostiqua carrément une maladie du Légionnaire, ce qui provoqua un vent de panique dans la maison familiale. Fort heureusement, mon oncle, médecin lui aussi, balaya toutes les angoisses en affirmant fermement que ce diagnostic était faux.

Avec les années je ne tombais plus malade mais certains symptômes persistaient. Impossibilité de trouver le sommeil, surexcitation permanente, rêves absurdes. Au début du mois de janvier, je fis ce rêve curieux. Pendant la nuit nous avions volé à bord d’un petit coucou qui nous avait déposé sur un banc de sable, perdu en plein archipel des Maldives. Un panneau lumineux clignotant indiquait une défaillance de la plateforme de l’aéroport international de Male. Nous nous trouvions à quelques mètres à la nage d’un atoll autour duquel flottaient de gros champignons et des cubes mystères de couleur rouge et jaune. De petits bonhommes ressemblant à des legos se déplaçaient comme des crabes sur la plage, en secouant de pancartes sur lesquelles il était inscrit « Free transfer ». Nous traversions l’eau pour rejoindre l’île, mais un fort courant nous empêchait d’avancer, de sorte que les gros champignons nous arrivaient droit dessus et nous explosaient au visage. Un singe munit d’une cane à pêche nous attrapait pour nous déposer sur la rive. Nous prenions la direction d’une grande bâtisse qui ressemblait à un couvent, mais dans lequel nous n’osions pas entrer. Deux bonnes sœurs, dont l’une ressemblait à Whoopi Goldberg, nous invitaient à entrer. Nous finissions par y rester pour la nuit après que les deux femmes nous aient convaincu que nous n’arriverions pas à rejoindre Diffushi avant le coucher du soleil. Je m’éveillai, le départ pour le Sri Lanka avait lieu quatre jours après.

ciel sri lanka

Arrivée à Negombo en pleine nuit

Il était déjà très tard lorsque nous posâmes le premier pied sur l’île de Lanka, après plusieurs heures coincés dans les sièges d’un Airbus de la compagnie du Qatar. Douze heures passées à se tourner et se retourner sans jamais pouvoir trouver le sommeil. Mes vêtements puaient la fumée froide depuis que nous avions grillé à la va-vite une cigarette, dans le fumoir de Doha. Une pièce immonde, jaunie par le tabac, où les passagers en escale s’entassaient comme des bestiaux pour absorber leur dose de nicotine avant de reprendre l’avion. Nous étions épuisés, paumés. Nous ne comprenions plus. Nous suivions bêtement le mouvement jusqu’au comptoir de la douane. La plupart des passagers remplissaient les documents d’entrée avant de se presser vers les files d’attente.

Avant de partir, j’avais évidemment étudié toutes les possibilités de rejoindre Negombo depuis l’aéroport. Mais à cette heure tardive, seule la solution la plus rapide nous intéressait. A peine avions nous passé les portes automatiques de l’aérogare, qu’un petit bonhomme à la frimousse sombre nous aborda en se proposant de nous obtenir un taxi. Alors qu’il nous servait son charabia dans un anglais incertain, Brice s’éclipsa discrètement, me glissant à l’oreille de l’attendre pendant qu’il négociait un taxi à l’intérieur. Lorsqu’il ressorti, j’abandonnai l’homme qui pensait déjà l’affaire conclue et nous montions rapidement dans une voiture beige pour prendre la direction de Lewis Place. Installé sur la banquette arrière de la voiture, je trépignais déjà à l’idée d’apercevoir les premiers paysages de Lanka. Mais les environs de Negombo étaient tristes et monotones, il n’y avait rien à voir. La voiture avançait à allure lente sur la double voie, au milieu des entrepôts et des magasins. Nous roulions depuis maintenant une heure, tournant au hasard des rues, faisant plusieurs fois demi-tour, scrutant chaque carrefour. Le chauffeur, qui paraissait certain de l’itinéraire au départ, semblait de moins en moins serein. Il demanda plusieurs fois à revoir l’adresse inscrite sur le bon de réservation puis finit par téléphoner pour demander son chemin. Après plusieurs coups de fil, il réussit finalement à nous conduire devant le porte de la résidence Summerside. C’était une jolie petite maison sur trois étages, une construction récente d’inspiration coloniale. Un jeune homme, sympathique et accueillant, qui semblait s’être levé exprès pour nous, attendait dans le hall.

Premier matin au Sri Lanka

Le lendemain, à la mi-journée, nous émergeâmes péniblement. En ouvrant la fenêtre, une chaleur torride envahit presque instantanément toute la pièce, malgré la climatisation. Je m’avançais sur la petite terrasse qui donnait au-dessus de la piscine. Le ciel était d’un bleu éclatant, pas un nuage à l’horizon. Je fus rapidement ébloui par la forte lumière de midi, presque aveuglé, si bien qu’un instant, je voyais tout en blanc. Mes yeux s’habituèrent progressivement à la lumière, me laissant découvrir les alentours de la pension. J’étais déjà fasciné par ce qui m’entourait, les maisonnettes disséminées au milieu des arbres immenses, le petit canal qui rejoignait la ville, le chant de quelques oiseaux tropicaux, le bruit pétaradant des moteurs de balaj dans les rues alentours.

« Bungalows clairs, légers, clairsemés. Toits de tuiles vernies. Petites églises baroques décaties sous le haut plumet des cocotiers. Sur le front de mer, une dentelle de canaux entourait un vieux fort en étoile dont les glacis couleur de cuir brillaient dans une lumière de cannelle ».

Nicolas Bouvier

villa summerside

Comme prévu, l’équipe de l’hôtel nous servit un petit déjeuner, après quoi nous nous dirigeâmes vers la petite piscine, juste à côté de la salle de restaurant. J’en profitais à peine tant j’étais pressé de pouvoir enfin mettre le nez dehors. J’exultais intérieurement, j’avais envie de crier, de danser même, mais je me contentai de faire deux longueurs rapide avant d’aller me sécher. Impossible de me détendre ni même de savourer l’instant, j’avais presque l’impression de perdre mon temps. Nous étions arrivés, enfin, nous avions le temps de profiter, mais pas maintenant, ce n’était pas encore le moment.

En vélo le long de la plage de Negombo

Vers 15 heures, nous décidâmes d’aller louer des vélos pour rejoindre Negombo. Nous marchions au milieu de petits pavillons colorés entourés d’une végétation luxuriante, cherchant la direction de la plage. Nous passâmes devant un mausolée de la Vierge, au carrefour de Beach Road, prenant la direction d’une petite boutique où nous voulions acheter des cigarettes. On ne trouvait dans ce boui-boui que des Golden Leaf ou des Davidov violettes. « Je ne vends pas de Marlboro, la licence coûte beaucoup trop cher ! Vous n’en trouverez pas ici ! », nous prévint la bonne-femme à la caisse.

Un petit chemin menait jusqu’à une gigantesque plage qui s’étendait sur plusieurs kilomètres, il y avait des dizaines de barques de pêcheurs et des catamarans en bois alignés sur la plage. Des gamins qui jouaient dans l’eau se retournèrent vers nous, arborant de grands sourires. Ils nous approchèrent en criant « Hello ! » puis rirent tous lorsqu’à notre tour nous les saluâmes.

plage negombo

Après un déjeuner dans un des palaces qui bordaient la plage, nous dégotâmes des bicyclettes à trois cents roupies dans une petite boutique, le long de Beach Road. De vieux vélos rouillés dont nous dûmes faire regonfler les pneus dans un autre magasin. Nous arrivâmes à Lewis Place, une longue artère très touristique qui longeait la mer sur plusieurs kilomètres. Elle était jonchée de maison d’hôtes, de restaurants et de boutiques. Circulation désordonnée, musique incessante de klaxons, touristes en tongs à la peau brûlée, rangées de taxis trois roues, boutiques de paréos et d’articles de plage. Nous roulâmes au milieu du bordel pendant deux kilomètres. L’agitation se renforça à l’approche de la ville, un foutoir sans nom, la foule avait envahie les trottoirs et les véhicules fusaient dans toutes les directions. Des groupes de passants se retournaient en nous dévisageant, nous saluant parfois avant de se mettre à rire.

Non loin du centre de la ville, près d’un terrain de foot et du marché à poisson, végétait un troupeau de bovins, une dizaine d’individus et quelques petits qui tétaient leur mère. Un vieillard nous aborda en nous expliquant que le bétail vivait dans ce coin d’une manière quasi sauvage. Brice lui demanda la direction de la lagune, il insista fortement pour nous y accompagner, en improvisant une visite guidée qui débuta par le fort hollandais. Il n’en restait à vrai dire qu’une arche qui devait être une des portes menant à l’intérieur des fortifications. « Regardez la date ! ». On pouvait lire dans la pierre l’année 1678. En lieu et place de l’ancien fort se trouvait maintenant la prison locale. Nous essayâmes de nous défaire du vieil homme, mais il nous entraina vers Saint Stephen, une petite église hollandaise en bois. Le portail était fermé mais qu’importe, nous entrâmes quand même. Une femme sortit d’une petite baraque au fond de la cour pour nous ouvrir la porte. Nous pénétrions dans la petite église, l’intérieur était simple et austère, bancs en bois sombre, petit autel, photographies retraçant l’histoire du lieu et une grande tirelire dans laquelle nous fûmes presque forcés de laisser quelques roupies pour la communauté.

lagune de negombo

Après l’avoir rétribué pour le service rendu, nous laissions le vieil homme derrière nous en empruntant le pont vers Mankuliya Road. Des centaines de bateaux de pêcheurs étaient amarrées sur les berges, la plupart en bois, peints dans des tons pastels, défraichis à cause du sel et des embruns. Nous nous arrêtâmes au bord de la route, près d’un hangar en bois où l’on vendait le poisson à la criée. Un homme s’arrêta à notre hauteur. Il voulait avoir des précisions sur notre itinéraire. Il nous conseilla d’aller à Upuvelli, du côté de Trincomalee, ce qui tombait plutôt bien puisque nous avions déjà prévu cette étape dans le voyage. Il semblait vouloir discuter mais nous ne nous sentions pas trop à l’aise. Nous remontions à vélo, laissant l’homme derrière nous. En quittant l’artère principale, nous nous engouffrâmes dans de petites ruelles où du monde s’était regroupé devant les maisons. Ils nous saluèrent poliment puis quelques mètres plus loin, nous les entendîmes rigoler comme si quelque chose les avait dérangés. Nous regagnâmes Summerside à la nuit tombée.

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2 Comments

  1. Jessica
    9 septembre 2015 @ 6:49

    Je me répète mais j’aime vraiment beaucoup cette façon de raconter, j’ai l’impression de lire un livre dont j’attends le prochain chapitre 🙂 Vraiment très intéressant, merci pour ce partage.

    Reply

    • Petits Voyageurs
      10 septembre 2015 @ 8:22

      Merci Jessica, votre commentaire me fait bien plaisir 🙂 J’aime beaucoup lire des récits de voyage et c’est ce que j’essaie de transmettre dans mes carnets ! N’hésitez pas à partager dans vos réseaux ! A bientôt !

      Reply

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